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Les espèces envahissantes

Qu’est ce qu’une espèce envahissante ?

Les espèces envahissantes sont, dans la grande majorité des cas, des espèces animales ou végétales qui ont été introduites, volontairement ou accidentellement par l’homme, dans un milieu où elles étaient naturellement absentes.
Après une phase de latence qui est variable selon les espèces (35 ans pour le miconia par exemple), elles se propagent, menaçant ainsi les écosystèmes, les habitats et les espèces indigènes. Leur invasion peut avoir des effets néfastes sur les écosystèmes, les activités économiques ou encore pour la santé.
Ainsi, « les plantes et les animaux envahissants peuvent provoquer des dommages :
§ au niveau des processus écologiques, en altérant le fonctionnement des écosystèmes et les relations entre les organismes vivants et leur milieu ;
§ au niveau de la composition des écosystèmes, en causant la régression ou l’extinction d’espèces indigènes ;
§ au niveau des activités économiques, en pénalisant les rendements agricoles, le renouvellement des stocks halieutiques ou la valeur touristique des paysages ;
§ au niveau de la santé humaine, en causant des allergies ou en favorisant la transmission de virus et de bactéries. » (Soubeyran, 2008)

Plusieurs espèces envahissantes ont été introduites en Polynésie française. Certaines constituent de véritables fléaux pour l’environnement et/ou pour l’homme comme le miconia (Miconia calvescens) ou encore la petite fourmi de feu (Wasmannia auropunctata).

Afin de renforcer la lutte contre les espèces envahissantes, des mesures de biosécurité ont été prises au niveau du pays. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Attention : l’introduction de nouvelles espèces animales ou végétales est interdite en Polynésie française (article D.123-1 du code de l’environnement)

Les espèces végétales envahissantes de Polynésie française

En Polynésie française, environ 1800 espèces végétales ont été introduites. Les résultats d’une étude menée par Fourdriniez et Meyer et publiée en 2008 indique qu’un « total de 57 plantes fortement envahissantes a été identifié en Polynésie française, soit environ 10% de la flore secondaire ».

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Les espèces végétales menaçant la biodiversité

Compte tenu des menaces que représentent ces espèces, la code de l’environnement de la Polynésie française, dans son article A. 123-2 dresse une liste de 35 espèces végétales (appartenant à 23 familles et 32 genres) menaçant la biodiversité, et pour lesquelles la réglementation prévoit les mesures particulières suivantes :
· interdiction d’importation nouvelle, en Polynésie française, sous tous régimes douaniers et qu’elle qu’en soit l’origine ;
· interdiction de propagation et interdiction de transfert d’une île à l’autre.

La destruction de ces espèces est autorisée.

Quelques exemples d’espèces végétales envahissantes

Télécharger le guide des espèces végétales menaçant la biodiversité

L’exemple du Miconia (Miconia calvescens) illustre bien les risques que présentent les espèces invasives. « Le Miconia, originaire d’Amérique centrale et du Sud, introduit comme plante ornementale à Tahiti en 1937, représente le cas le plus spectaculaire d’invasion biologique en Polynésie française. Il est aujourd’hui présent sur deux tiers de l’île de Tahiti (soit plus de 80 000 ha) et il a envahi la majorité des zones situées entre 10 m et 1 400 m d’altitude, incluant les forêts hygrophiles et ombrophiles d’altitude.
Il forme des couverts denses quasi-monospécifiques, provoquant une diminution de la lumière au sol et une accumulation de feuilles en litière. Le Miconia est reconnu comme menace directe pour environ 58 plantes endémiques de Tahiti, spécifiques des sous bois et des forêts humides, dont 44 appartiennent aux catégories UICN les plus sensibles (Meyer, 2001). Des orchidées terrestres rares, de petits arbustes de sous-bois, et de petits arbres sont parmi les plus menacés. Les forêts à Miconia remplacent les forêts indigènes à Pandanus et Cyathea (fougères arborescentes). Sur les pentes fortes, les couverts denses de Miconia, dépourvus de strate herbacée ou arbustive, favorisent l’érosion du sol et les glissements de terrain. Le Miconia est également soupçonné d’assécher les rivières. Le “Cancer Vert”, comme il est appelé populairement à Tahiti, a réussi à contaminer les îles voisines de Moorea, Raiatea (Uturaerae, Apooiti) et Tahaa, et plus récemment celles de Nuku Hiva et Fatu Hiva aux Marquises par l’intermédiaire de transport de terre contaminée par des graines. Certaines plantes menacées par le Miconia sont considérées au bord de l’extinction. Les genres les plus touchés sont Cyrtandra, Ophiorrhiza, Psychotria, Myrsine, Sclerotheca (Meyer, 2001) » (Extrait de « Etat de l’environnement de la Polynésie française », 2007)

Pour lutter contre certaines espèces végétales envahissantes, des opérations d’arrachages manuels ont été entreprises sur plusieurs îles (dont Tahiti, Raiatea, Tahaa, Nuku Hiva, etc.) à l’encontre de différentes espèces. Elles sont conduites par les services administratifs du pays (Service du Développement Rural, Direction de l’environnement, Délégation à la recherche), en partenariat avec des associations, l’armée, etc.

Les espèces animales envahissantes de Polynésie française

En Polynésie française, de nombreuses espèces animales ont été introduites : 12 espèces de mammifères, 13 espèces d’oiseaux, 11 espèces de poissons, 3 espèces de reptiles, des insectes, des mollusques, etc. Parmi ces espèces, certaines ne se sont pas acclimatées et d’autres sont devenues envahissantes, avec des impacts négatifs au niveau écologique (menace pour certaines espèces indigènes), économique (diminution des rendements agricoles, pertes de récoltes), et de la santé humaine (vecteurs de maladies).

Pour citer quelques exemples :

« L’escargot carnivore Euglandina rosea, introduit à Moorea pour lutter contre l’escargot géant africain Achatina fulica introduit en 1974, est directement responsable de l’extinction de 52 des 58 espèces de Partula, de 3 des 5 espèces de Samoana et de tous les escargots endémiques appartenant au genre Trochomorpha, à l’exception de deux espèces, T. cressida, endémique de Tahiti, et T. pallens, endémique des îles de la Société. » (Etat de l’environnement de la Polynésie française, 2007).

« La mouche cicadelle pisseuse (Homalodisca vitripennis) est originaire du Sud-est des Etats-Unis (Floride, Georgie, etc.) et du Mexique. Elle a été découverte en Polynésie française pour la première fois à Tahiti en 1999. Elle est présente sur Moorea, sur toutes les Iles sous le Vent, sur Nuku Hiva aux Marquises, et à Tubuai et Rurutu aux Australes. Elle a probablement été introduite avec des plantes ornementales importées de Californie. Les populations de cicadelle pisseuse ont soudainement explosé à partir de 2000 à Tahiti. En 2003, la population était environ 1000 fois plus abondante à Tahiti que dans son aire d’origine et 10 fois plus abondante qu’en Californie. L’espèce se nourrit et se reproduit sur plus de 300 espèces végétales dans au moins 35 familles (agricoles, plantations ornementales, espèces indigènes, etc.) est constitue une importante source de perturbations agricoles (diminution des rendements, de la qualité des fruits etc. Mais sa principale menace réside dans sa capacité à transmettre une bactérie, Xylella fastidiosa, qui en se répliquant dans le xylème, entraîne la mort de la plante par dessèchement. Cependant, la présence de Xylella n’est pas encore avérée en Polynésie française. » (Soubeyran, 2008).

L’oiseau « Le Bulbul à ventre rouge, Pycnonotus cafer, qui a un comportement agressif vis-à-vis des autres oiseaux indigènes et participe à la dissémination de plantes exotiques envahissantes » (Etat de l’environnement de la Polynésie française, 2007).

« Le moustique Aedes aegypti a été accidentellement introduit sur Tahiti vers 1924. C’est le vecteur principal de la dengue qui est aujourd’hui la maladie épidémique la plus importante de Polynésie française. Il est présent sur toutes les îles de Polynésie française sauf dans l’île de Rapa (Australes) au climat subtropical. » (Soubeyran, 2008).

« Les rats noirs, Rattus rattus, sont particulièrement nuisibles ; ils exercent une prédation sur les oeufs, les juvéniles ou les individus adultes qui les couvent ; ils seraient la cause première de disparition des oiseaux dans le Pacifique. En Polynésie, ils sont responsables de l’extinction de sous-espèces de Monarques dans 5 îles des Marquises et menacent plusieurs espèces endémiques, le Monarque de Tahiti (Pomarea nigra), le Monarque de Fatu Hiva (Pomarea whitney, les Gallicolombes (Galicollumba erythroptera). Ils menacent également le santal, par exemple, qui a du mal à se régénérer en raison de la prédation totale des fruits par les rats. » (Etat de l’environnement de la Polynésie française, 2007).

« La Petite Fourmi de Feu ou PFF est un véritable fléau. Dans les zones urbaines, la nuisance vient de leur prédisposition à piquer les humains et les animaux domestiques, où les piqûres répétées peuvent conduire à la cécité. Sur le plan économique les fourmis ont un impact dans le domaine de l’agriculture, l’élevage, l’apiculture et du tourisme. Dans les zones agricoles, Wasmannia auropunctata peut être un ravageur agricole significatif. W. auropunctata pose de graves problèmes de conservation de la biodiversité ; réduction du nombre d’espèces arthropodes dans les zones infestées (richesse & diversité), diminution de l’abondance des insectes volants et des insectes arboricoles. Elle peut favoriser au contraire l’explosion de certaines espèces phtytophages, source de déséquilibre pour les écosystèmes. Elle est une menace sur des espèces reconnues comme patrimoniales : exclusion de sites, réduction du succès reproducteur et survie des jeunes. Les capacités de dispersion de W. auropunctata sont faibles, les colonies se propagent à court terme par bouturage. La dispersion à longue distance est assistée par les activités humaines. La première priorité est de ne pas la disperser vers de nouveaux sites (Jourdan, 2005). » (Etat de l’environnement de la Polynésie française, 2007).

Pour en savoir plus sur la PFF, cliquez ici

Compte tenu des menaces que représentent certaines espèces, la code de l’environnement de la Polynésie française, dans son article A. 123-3 dresse une liste de 11 espèces animales menaçant la biodiversité, et pour lesquelles la réglementation prévoit les mesures particulières suivantes :
· interdiction d’importation nouvelle en Polynésie française , sous tous régimes douaniers et qu’elle qu’en soit l’origine, ;
· interdiction de propagation et interdiction de transfert d’une île à l’autre.

La destruction des espèces suivantes est autorisée :

Pour les oiseaux :
- le Grand Duc d’Amériques (Bubo virginiatus),
- le Busard de Gould (Circus approximans),
- le merle des Moluques (Acridotheres tristis)
- le bulbul à ventre rouge (Pycnonotus cafer) ;

Pour les reptiles :
- la tortue de Floride (Trachemys scripta) ;
Pour les mollusques :
- l’escargot carnivore de Floride (Euglandina rosea) ;
Pour les insectes :
- la petite fourmi de feu (Wasmannia auropunctata).
Elle fait l’objet des mesures complémentaires suivantes :
· le transfert intentionnel et en connaissance de cause de tous matériaux divers infestés tels que les déchets verts, la terre et autres débris, les plantes, depuis les zones infestées, vers les zones indemnes, est strictement interdit ;
· les engins lourds travaillant dans les zones infestées sont désinsectisés par l’application d’un produit de traitement adapté à la lutte contre les fourmis de feu, en fin de travaux et avant tout mouvement vers d’autres zones ;
· pour faciliter la lutte et le repérage des colonies, les propriétaires ou locataires des terrains infestés par la petite fourmi de feu, dès qu’ils en ont connaissance, en font la déclaration à la direction de l’environnement. Ils doivent prendre toutes les mesures économiquement et écologiquement appropriées pour traiter leurs terrains et sont également tenus de laisser le passage sur leur terre aux agents publics et à leurs équipes chargées de la lutte contre la petite fourmi de feu.

Pour les mammifères :
- la souris commune (Mus musculus),
- le rat polynésien (Rattus exulans),
- le rat surmulot (Rattus novegicus)
- le rat noir (Rattus rattus).

Ils font l’objet des mesures complémentaires suivantes :
· Toutes mesures préventives, et notamment la dératisation et la pose de pièges, sont prises par les transporteurs et les personnes responsables des sites de débarquement des matériaux et marchandises à destination des îles, pour prévenir l’introduction de tout rongeur menaçant la biodiversité dans les îles, atolls, îlots et motu réputés indemnes de rongeurs ;
· les sites d’embarquement, les aires de stockage et de dépôt des matériaux et marchandises à destination des îles font l’objet, par tous moyens appropriés et efficaces, de mesures régulières et continues d’élimination des rongeurs ;
· le transport inter et intra-insulaire de matériaux et marchandises en stock pouvant abriter des rongeurs fait l’objet de dératisation. Les chargements sont dératisés au préalable ainsi que les moyens de transports terrestres, maritimes ou aériens ;
· les sites de débarquement, les aires de stockage et dépôts de matériaux et marchandises dans les îles réputées indemnes d’au moins une espèce de rongeurs menaçant la biodiversité sont équipés de dispositifs appropriés et efficaces permettant l’élimination desdits rongeurs.

Liens :

Plantes envahissantes des îles du Pacifique : Pacific Island Ecosystems at Risk :
www.hear.org/pier

les espèces exotiques envahissantes en Outre Mer
http://www.especes-envahissantes-outremer.fr/

Global invasive species database
http://www.issg.org/database/species/search.asp?st=100ss&fr=1&str=&lang=FR

PFF
http://www.fenua-animalia.org/FA/pff/fr/indexA.htm
https://extranet.ptpu.pf cartographie

UICN
www.uicn.fr

http://www.biosecurite.gov.pf/

Réglementation
Arrêté n° 1301 CM du 15 novembre 2006 modifiant diverses dispositions du code de l’environnement relatives aux espèces menaçant la biodiversité

Arrêté n° 518 CM du 7 juin 2006 portant création du comité de lutte contre les espèces menaçant la biodiversité de Polynésie française

Arrêté n° 65 CM du 23 janvier 2006 portant modification de l’article A.123-2 concernant la liste des espèces végétales menaçant la biodiversité du code de l’environnement

Loi du Pays n° 2008-3 du 6 février 2008 portant modification du livre 1er du code de l’environnement quant aux dispositions relatives aux espèces et aux espaces.
http://www.lexpol.pf/LexpolAfficheTexte.php?texte=199173

Bibliographie :
Guide des plantes envahissantes en Polynésie française

FOURDRIGNIEZ, M. & MEYER, J.-Y. 2008. Liste et caractéristiques des plantes introduites
naturalisées et envahissantes en Polynésie française. Contribution à la Biodiversité de
Polynésie française N°17. Délégation à la Recherche, Papeete, 62 pages + Annexe.

Soubeyran Y. (2008). Espèces exotiques envahissantes dans les collectivités françaises d’outre-mer. Etat des lieux et recommandations. Collection Planète Nature. Comité français de l’UICN, Paris, France. (Téléchargeable sur le site www.uicn.fr)