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Les pressions sur les milieux naturels

Les milieux naturels de Polynésie française subissent de nombreuses atteintes. Elles peuvent avoir des causes naturelles ou anthropiques (destruction et morcellement des habitats, introduction d'espèces envahissantes, pollution, surexploitation des ressources, etc.)

 

 

Les pressions sur les milieux terrestres

 

Les milieux naturels terrestres de Polynésie française subissent de nombreuses atteintes quand bien même elles se révèlent parfois accidentelles. Les pressions qui s’exercent sont liées essentiellement à l’homme : développement économique, croissance démographique, urbanisation, introduction de nouvelles espèces, pollution, etc. Elles entraînent une destruction des milieux naturels, une modification des écosystèmes et contribuent ainsi à réduire et à morceler les habitats naturels, menaçant les espèces indigènes et endémiques et pouvant même aller jusqu’à causer leur disparition.

 

La destruction et le morcellement des habitats

 

Les défrichements pour la mise en culture des sols ; l’urbanisation pour la construction de logements, la réalisation de routes, etc. ; l’exploitation de carrières pour obtenir des matériaux de constructions ; les grands travaux d’aménagements (terrassements, remblais, équipements aéroportuaires, etc.) entraînent une destruction ou une dégradation du milieu naturel et contribuent ainsi à la perte de biodiversité et à la régression de certaines populations.
Par exemple, l’urbanisation de la zone littorale de l’île de Tahiti a conduit à la régression de l’habitat naturel du héron strié Butorides striata, entrainant ainsi une diminution des effectifs de la population de cet oiseau. « Les incendies, fréquents, volontaires ou accidentels ont fait disparaître des zones forestières occupées aujourd’hui par la lande à fougères anuhe (Dinacropteris linearis) ou la lande à « roseaux » (Miscanthus floridulus).

Il s’agit souvent des feux courants, brûlant les sous bois. Ces feux favorisent la multiplication des pins au détriment des espèces indigènes et conduisent à la disparition d’espèces endémiques (exemple de Rapa) ; les feux répétés ne permettent pas à la végétation de se reconstituer. » (Etat de l’environnement de la Polynésie française, 2007).

La destruction de fragments d’un milieu naturel entraîne un morcellement de ce dernier. Elle peut empêcher le déplacement normal de certaines espèces, limiter voire interdire la circulation des individus, limitant ainsi les échanges entre individus d’une même espèce et pouvant mener à terme à l’extinction d’une espèce (barrière à la reproduction).

 

Les espèces introduites envahissantes

 

L’introduction d’espèces envahissantes animales ou végétales est une des premières causes de la perte de la biodiversité dans les îles. En effet, les espèces insulaires ont évolué dans un contexte favorable à leur survie (absence de prédateurs, de compétiteurs, de maladies) et leur population et leur aires géographiques sont limitées. Ces deux constats les rendent vulnérables face aux espèces introduites car elles sont moins compétitives et sont donc menacées de disparaître face aux espèces invasives.

Le rat noir Rattus rattus par exemple, est une espèce nuisible qui a entrainé la disparition et menace aujourd’hui plusieurs espèces d’oiseaux.

Il constitue également une menace pour des espèces végétales comme le santal dont il consomme les graines.
En modifiant les peuplements, le milieu naturel est également touché (augmentation des risques d’érosion par exemple, modifications des sols, des ressources en eau, etc.).

 

La pollution des milieux

 

La pollution des milieux naturels a des origines multiples : rejets des eaux usées domestiques non traitées, activités agricoles et d’élevages (lisiers, pesticides, engrais, etc.), rejets industriels, ordures ménagères déposées dans la nature (décharges sauvages), etc., qui portent atteinte à la qualité des eaux, de l’air, du sol, dégradant ainsi les milieux naturels et mettant en péril la survie des espèces animales et végétales.

 

La surexploitation des ressources

 

La collecte, la pêche et la chasse représentent une menace pour de nombreuses espèces qui font partie du patrimoine naturel Polynésien. 
De nombreux exemples de disparition ou de réduction de la taille de certaines populations d’espèces animales et végétales existent en Polynésie.

Ainsi, bien que réglementé sur le territoire depuis 1971 en vue de les protéger, les tortues marines sont toujours régulièrement capturées pour la consommation de leur viande. Ces actes de braconnage conduisent à une diminution des stocks.
Les collectes d’œufs et de poussins d’oiseaux marins sont encore réalisées à plus ou moins grande échelle aux Tuamotu et aux Marquises.
La cueillette intensive de la tiare apetahi de Raiatea a conduit en moins de 10 ans à une chute importante des effectifs de la population, il en est de même pour certains arbres, dont le bois est utilisé en artisanat (le santal ou Santalum insulare, le miro ou Thespesia populnea, le tou ou Cordia subcordata, etc.).

 

Les pressions et symptômes de perturbation sur les récifs coralliens

 

Les récifs coralliens de Polynésie française sont de véritables oasis de vie. Ces milieux sont riches mais néanmoins fragiles. Ils subissent des pressions naturelles et des pressions liées aux diverses activités humaines.

 

Les cyclones

 

La Polynésie française a été touchée à de nombreuses reprises par des cyclones, même si la fréquence de ces derniers est faible par rapport à d’autres régions du monde.

Les dégâts qu’ils entrainent sont liés à l’action des vagues et des courants qu’ils engendrent, lesquels provoquent une destruction mécanique du récif, par la fragmentation, le déracinement et l’effondrement de blocs coralliens.

De plus, les fortes pluies qui sont associées à ces phénomènes ont également des effets négatifs importants sur les récifs, par les particules de terre, les arbres, ou encore les grandes quantités d’eaux douces qui une fois parvenues au niveau des récifs étouffent les coraux ou génèrent des phénomènes de blanchissement.

Par le passé, plusieurs cyclones ont provoqué des dégâts au niveau des récifs de certaines îles. A titre d’exemple, on peut citer :

  •  ceux de 1983 (Nano, Orama, Reva et Veena) qui ont entrainé une « destruction du couvert corallien des pentes externes de 80% et de 40% respectivement à Tikehau et à Takapoto » (Salvat et al. 2008) ;
  •  les cyclones « Martin et Osea en 1997 sur Raiatea et Bora Bora ainsi que le cyclone Veli en janvier 1998 sur Mataiva et Tikehau, qui ont fait d’important dégâts » (Salvat et al. 2008).

 

Les proliférations d’étoiles de mer épineuses (Acanthaster planci ou “taramea”)

 

Les étoiles de mer épineuses appelées “taramea” en Polynésie française sont des espèces naturellement présentes au niveau des récifs coralliens mais à de faibles densités. Elles constituent une menace pour les récifs coralliens lorsque leurs populations explosent, pouvant  atteindre des densités de plusieurs individus par m². En effet, cette espèce peut entrainer une diminution très importante de la couverture de corail vivant car elle se nourrit des polypes des coraux.

 

Les causes de la pullulation des étoiles de mer épineuses sont encore mal connues. Toutefois plusieurs hypothèses ont été émises par les scientifiques : fluctuation naturelle, pollutions des eaux qui favoriseraient la survie des larves de ces animaux, disparition de ses prédateurs naturels comme le triton (Charonia tritonis).

Plusieurs explosions démographiques de cette espèce ont été recensées en Polynésie française, en 1969, au début des années 1980 et de 2006 à aujourd’hui au niveau des îles de Tahiti, Moorea, Raiatea Tahaa et Bora Bora.

 

Afin de lutter contre les “taramea”, plusieurs actions de collecte ont été menées par le biais d’associations comme Reefcheck Polynésie, des associations de protection de l’environnement, de pêcheurs, etc. Elles ont été soutenues financièrement par la Direction de l’environnement. Certains personnels ont également utilisé des seringues permettant l’injection de bisulfate de sodium.

 

Les remblais et constructions sur les récifs

 

Les remblais littoraux servent à gagner du terrain sur la mer. Ils sont responsables d’une destruction du récif. Ils perturbent également les courants.

Un exemple édifiant de destruction de récif par la création d’un remblai, est celui réalisé pour la construction de l’aéroport international de Tahiti sur la commune de Faa’a, qui a entrainé la destruction d’une partie du récif frangeant de la zone.

De nombreux remblais sont réalisés en Polynésie française, avec ou sans autorisation, détruisant de nombreux récifs frangeants qui ont pourtant un rôle important au niveau écologique, ces zones servant de nurseries à de nombreuses espèces de poissons.

 

Les dragages et les extractions de matériaux coralliens

 

Les dragages et les extractions de matériaux coralliens ou « soupe de corail » sont effectués pour la production de matériaux de construction pour les routes, la réalisation d’aménagements maritimes ou portuaires, etc.  Ils sont responsables de la destruction des récifs coralliens.

En Polynésie française, ils ont entrainé la dégradation de nombreux habitats coralliens qui, dans la grande majorité des cas, n’ont pas fait l’objet de mesures de restauration.

« Plus de 5 millions de m3 extraits des zones frangeantes de Moorea et de Tahiti indiquent l’ampleur des dommages écologiques causés aux récifs » (Salvat et al., 2008)

 

La sédimentation terrigène

 

L’apport de sédiments au niveau des littoraux et des récifs frangeants résulte de l’érosion mécanique des sols sous l’action des fortes pluies. Ce phénomène appelé  « hypersédimentation de matériel terrigène » est accentué par les travaux d’aménagements (terrassements liés à l’urbanisation, préparation des sols pour la pratique de l’agriculture, construction d’infrastructures comme les routes, etc.) qui conduisent à la mise à nu du couvert végétal,  facilitant ainsi l’érosion.

L’hypersédimentation de matériel terrigène entraine une modification du profil du littoral et une dégradation des récifs coralliens. En effet, il peut provoquer la mort par étouffement des coraux, ou altérer la symbiose qui s’opère chez les coraux par une diminution de la quantité de lumière disponible liée à l’augmentation de la turbidité de l’eau.

 

La pollution des eaux

 

Les pollutions domestiques, agricoles et industrielles peuvent entrainer différents types de nuisances risquant d’affecter les récifs coralliens.

Par exemple, l’enrichissement en sels nutritifs des eaux des lagons est favorable à la multiplication des algues et défavorable aux coraux.

La mise en place du Réseau Territorial d’Observation (RTO) a permis de mettre en évidence,  essentiellement sur l’île de Tahiti, des phénomènes de pollution des eaux par les détergents, les métaux lourds et les pesticides. Ces phénomènes affectent essentiellement les zones urbaines.

 

L’exploitation des ressources marines

 

L’utilisation de certaines méthodes de pêche peut entrainer des dégradations des récifs coralliens par la destruction des habitats. Il s’agit par exemple de la pêche au filet, de la pêche au caillou, etc. Certains espèces sont également surpêchées (diminution de quantité des prises, de la taille des espèces et raréfaction de certaines espèces) au niveau de certaines îles, pouvant de ce fait engendrer une modification des peuplements.

 

Le tourisme et les activités de loisirs

 

Le tourisme a des impacts résultant de l’aménagement des infrastructures touristiques (construction d’hôtels, de marinas, de chenaux de navigation, etc.) et à la pratique de certaines activités (piétinement des récifs, bris de coraux, collecte des certains organismes comme les coquillages et les coraux, etc.).

Les symptômes de perturbations

 

Blanchissement

 

Le blanchissement des récifs coralliens est dû à une augmentation de la température des eaux. En effet, lorsque la température de l’eau augmente, les coraux stressés libèrent leurs algues symbiotiques (les zooxanthelles) et perdent ainsi leur couleur. Si le phénomène est de forte amplitude ou dure longtemps, les coraux meurent.

En Polynésie française, « des phénomènes de blanchissement corallien sont intervenus à plusieurs reprises au cours des dernières décennies (1983, 1984, 1987, 1993, 2002 et 2003) mais avec une mortalité moindre qu’en 1991 et plus localisée. Le blanchissement de 1991 a été très dommageable pour les récifs coralliens avec une mortalité à Moorea d’une colonie sur cinq. » (Salvat et al., 2008)

 

Maladies

 

Plus de 29 maladies touchant les coraux ont été décrites depuis les années 1970 (aspergillose, maladies des bandes blanches, maladies des bandes noires, etc.). Ces maladies sont dues à divers agents pathogènes comme des champignons, des bactéries ou encore des virus.

Depuis plusieurs années, ces maladies semblent plus fréquentes et affectent plus de 150 espèces de coraux dans les Caraïbes et la zone Indo-pacifique. Aucune de ces maladies n’a été observée en Polynésie française à ce jour.

 

Ciguatera

 

La ciguatera est une intoxication alimentaire provoquée par l’ingestion de poissons de récifs coralliens contaminés, habituellement comestibles et en parfait état de fraîcheur.

Les démangeaisons et les sensations de picotements aux extrémités qu’elle peut provoquer ont valu à la ciguatera le surnom de « gratte ».

 

Pour en savoir plus sur la ciguatera, cliquez ici.

 

Pour connaître la liste des espèces de poissons qui sont généralement impliqués dans ce type d’intoxication alimentaire en Polynésie française, cliquez ici.

 

 

Les proliférations phytoplanctoniques

 

Le phytoplancton est constitué d’algues pouvant proliférer dans certaines conditions, et susceptibles de générer une mortalité de certains organismes présents à ces endroits, car ils entrainent notamment un appauvrissement du milieu en oxygène.

En Polynésie française, ces événements semblent peu fréquents et ne se produisent que dans des milieux plus ou moins confinés (lagons dont les eaux communiquent peu avec l’océan).

Plusieurs événements de ce type ont été observés comme à Bora Bora en 2002, à Tetiaroa en 1983, mais le plus important a été celui qui s’est produit dans le lagon de l’atoll de Hikueru en 1994, qui a provoqué une mortalité importante chez plusieurs organismes marins comme les bénitiers, les holothuries, les coraux, les poissons, etc.