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La flore de Polynésie Française

  

 

La flore terrestre

 

Source : Gargominy & Bocquet, 2013

 

"La composition de la flore primaire résulte des apports d’espèces pionnières via divers agents de dispersion comme les courants marins, les courants aériens, certains animaux (oiseaux ou insectes) ou encore la dispersion sur place.

Les mécanismes de dispersion et les mécanismes évolutifs se traduisent par un ensemble de facteurs propres aux milieux insulaires – le syndrome insulaire, dont les caractéristiques sont : un déséquilibre taxonomique, fonction des capacités des espèces à se disperser, l’acquisition de la lignification et la diminution des capacités des moyens de dispersion, avec pour conséquence un endémisme insulaire ou archipélaire marqué " (Florence, 2005).

 

Les chiffres sur la richesse et l’endémisme varient suivant les auteurs et les bases de données en ligne qui évoluent continuellement (Flora of Marquesas, Wagner & Lorence, 2002 ; Base de donnée « Nadeaud », Florence et al, 2007), en fonction de la reconnaissance ou non de certains taxons et de leur statut biogéographiques (introduite, indigène ou leur endémisme).

Depuis 2006, 34 plantes vasculaires nouvelles pour la science ont été décrites, notamment dans le cadre de la Flore des Marquises (Wagner & Lorence, 2002) et plus d’une quinzaine sont en cours de description pour le 3e Tome de la Flore de Polynésie française consacrée aux fougères.

 

La flore (plantes vasculaires) primaire est composée de 885 espèces (929 d’après le Groupement Flore Polynésie française (GFPF) en 2014), dont 334 indigènes et 551 endémiques de Polynésie française au sens large (535 d’après le GFPF, 2004), soit un taux d’endémisme de 62 % (58 %, GPFP, 2014).

Certaines d’entre elles sont endémiques à un seul archipel, voire à une seule île ou un sommet. Ce taux d’endémisme passe à 71 % si l’on ne considère que les angiospermes. Dix genres sont endémiques de Polynésie orientale, dont 8 strictement endémiques de Polynésie française auquel pourrait se rajouter un genre supposé nouveau découvert en 2009 sur les falaises de Makatea (Scrophulariaceae nov., Jacq & Butaud, 2009). En revanche, on compte environ 590 espèces introduites naturalisées, mais un total de 1 800 plantes exotiques a été recensé, jardins compris.

 

Il existe une grande disparité entre les différentes îles et archipels : tandis que l’archipel de la Société, essentiellement composé d’îles hautes, héberge 555 plantes vasculaires indigènes, dont 271 endémiques, et les Marquises 331 indigènes et 141 endémiques (Moretti & Florence, 2002), les atolls de Tuamotu n’en hébergent que 102, dont 22 endémiques (Butaud, 2009). Les îles pouvant être considérées comme centres d’endémisme sont Tahiti, Raiatea (Société), Rapa (Australes) et Nuku Hiva (Marquises). Les îles de la Société ont l’index de fougères le plus élevé des îles océaniques (Moretti & Florence, 2012).

 

Les forêts tropicales humides de montagne (forêts de nuages) renferment la richesse spécifique et endémique la plus élevée : entre 60 % (Moorea, Tahiti, et Rapa) et plus de 70 % (Raiatea, Hiva Oa, Ua Pou et Ua Huka) des espèces de flore vasculaire endémique y sont localisées. Entre 25 % (Moorea et Rapa) et 50 % (Hiva Oa, Nuku Hiva et Ua Pou) de ces endémiques sont restreintes à ces habitats. Plusieurs de ces forêts ont été explorées ces dernières années et elles ont un rôle majeur à jouer dans la conservation de la biodiversité de la Polynésie française (Meyer, 2010).

 

Répartition de la flore vasculaire indigène et endémique de la Polynésie française par archipel et pour l'île de Rapa

 

 

 

 

 

Source

Iles

Total

Indigènes

endémiques PF

Taux d'endémisme

Moretti & Florence, 2002

Société

545

273

272

50

Tuamotu

95

77

18

19

Gambier

76

65

11

14

Marquises

314

140

174

55

Australes

217

169

48

22

Rapa

192

111

81

43

Polynésie

880

334

546

62

Muller & Meyer, 2012

885

334

551

62

929

352

535

58

GFPF, 2014

 

En 1996, J. Florence recensait 20 espèces disparues (Ex) et 108 espèces menacées, dont 49 gravement menacées d'extinction (CR), 5  menacées d'extinction (EN) et 54 vulnérables (VU).

En 2006, la liste rouge internationale de l’UICN comptait 155 taxons parmi lesquelles 36 espèces menacées (26 CR ; 4 EN ; 17 VU). En 2013, cette liste affiche 208 taxons dont 55 menacés (31 CR, 5 EN, 19 VU), 6 Ex (éteintes). Parmi cette liste, 35 taxons n’ont pas été retrouvés ou sont inconnus lors de la révision en cours (GFPF, 2014).

Depuis juin 2011, un groupe d’experts bénévoles, s’est mobilisé afin d’établir une liste rouge révisée de la flore de  Polynésie française selon les critères de l’UICN.

Ce « Groupement Flore Polynésie française » (GFPF), est composé de 6 botanistes basés en Polynésie française, de Jacques Florence de l’IRD/MNHN, de David Lorence du NTBG pour la flore des Marquises, avec l’appui de la DIREN et de la Délégation à la Recherche (DREC). Dans un premier temps, cette révision se focalise sur les taxons endémiques de Polynésie orientale (Cook, Pitcairn et Polynésie française). En 2014, 551 taxons endémiques de la Polynésie orientale ont été révisés et attendent d’être validés lors d’un atelier avec le comité français de l’UICN en 2015.

Suite à cette révision, 17 taxons sont éteints au niveau mondial, et 265 taxons endémiques de Polynésie orientale sont menacés d’extinction (85 CR, 96 EN, 84 VU), soit 48 % des plantes endémiques de Polynésie orientale du Pays. En comparaison, l’île de la Réunion comprend 237 plantes endémiques dont 82 sont menacées (soit 35 % ; UICN France, CBNM, FCBN & MNHN, 2013).

 

La flore marine

 

(Source : Claude Payri)

 

La flore marine polynésienne compte 309 espèces d'algues, deux espèces de phanérogames marines ou plantes à fleurs et 117 cyanobactéries.

 

 

Parmi les 309 espèces d'algues recensées on dénombre :

- 195 algues rouges ou rhodophytes ;

- 82 algues vertes ou chlorophytes ;

- et 32 algues brunes ou chromophytes.

Ces espèces sont inégalement réparties entre les différents archipel et c'est dans les îles de la Société que l'on compte le plus grand nombre en raison de la plus grande diversité d'habitats.

L'archipel des Tuamotu, exclusivement formé d'atolls, est original avec une très forte diversité en algues vertes appartenant aux Halimeda et au Caulerpa; c'est aussi dans cet archipel où on trouve les plus belle accumulations d'algues rouges calcaires qui forment les crêtes algales.

L'archipel des Australes se distingue par un cortège d'espèces acclimatées aux eaux plus froides et l'île de Rapa, la plus au sud, renferme des espèces d'algues brunes présentes nulle par ailleurs en Polynésie, certaines se retrouvant en Australie du sud.

Il y a vraisemblablement d'autres espèces à découvrir, notamment dans les zones profondes peu ou pas explorées.

En effet, le dernier inventaire réalisé à Moorea en 2008 a permis d'observer, entre 40 et 60 m de profondeur, plus de de 20 espèces nouvelles pour la région. Aussi, lors de la campagne océanographique réalisée aux Marquises en 2011, plus d’une centaine espèces d’algues ont été recensées alors que seule une dizaine était précédemment décrite pour cet archipel. De plus, les données n'ont pas encore été toutes traitées

 

Les  phanérogames marines, qui comptent près de 40 espèces tropicales connues, sont représentées en Polynésie française par  2 espèces seulement appartenant au genre Halophila. La très faible diversité en phanérogames marines est une des caractéristiques biogéographiques de la flore sous-marine polynésienne.

 

La présence d’espèce considérée comme envahissante (Turbinaria ornata) est également à noter. En effet depuis une vingtaine d’années, les récifs des îles hautes ont régressé au profit de cette algue brune. Il a été de plus observé une extension géographique à de nouveaux sites dans l’archipel des Tuamotu (Stiger et Payri 2005). Bien qu’il n’y ait pas d’études sur les capacités de dispersion d’autres espèces du genre Turbinaria, il semblerait que ces espèces possèdent d’importantes capacités de dispersion longue distance.